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| Pas de vacances si l’on ne quitte pas la maison et les sentiers battus. Il suffit d’écouter la radio ou de lire blogues et journaux pour retrouver le chemin de l’école… J’ai donc écouté ce matin Antoine Prost, une voix d’historien un peu discordante dans le chœur des sociologues faisant sonner souvent les grandes orgues dans les tuyaux courts de la période brève. Or derrière l’écume du temps politique repose le temps long de l’éducation ; aucun ministre de l’Education nationale n’a œuvré, par exemple, plus de trois ou quatre années dans son Ministère, aucun n’a atteint les cinq années, c’est à dire le temps d’une scolarité primaire… L’historien de l’enseignement souligne par contre la longue continuité des questions de l’école et retrouve dans les débats d’aujourd’hui des interrogations vieilles souvent de plus d’un siècle, portant notamment sur la démocratisation (devenue massification), sur l’élitisme… L’école s’ouvre ou se ferme : pour qui ? pour combien ?... A. Prost relativise également les conclusions peut-être trop péremptoires des fameux ouvrages de Bourdieu et Passeron, Les Héritiers (1964) et La Reproduction (1970) ; la culture académique, les humanités gréco-latines sont portées surtout par le monde de l’Université qui n’est pas tout à fait celui de la classe dominante. D’autre part l’école tiendrait tout de même l’équilibre malgré la valse à 1000 temps des réformes, malgré le concert assourdissant de la société que ne perturbent en rien les murmures de la classe. L’école ne va finalement pas si mal. Propos assez roboratif, avec la prise en compte de la longue durée, qui invite à retrouver la profondeur du temps dans le présent étale... Une autre entrée en matière surgissait aussitôt après l'émission, aux informations de 10 heures : professeur poignardé dans sa classe de seconde, à Lyon... L'évocation de cette longue histoire de l'éducation et l'intrusion soudaine et dramatique de l'événement s'opposaient ce matin comme graine et grain de sable, promesses et blocage... Par liseron • 2007-03-05 16:32:05 Permalien | 1 commentaire •
Petite balade dans la lumière déjà froide du jour martial, 11 novembre sur la Route des Mille Etangs... Croisé une véritable colonie de naturalistes (leur équipement laissait penser ainsi), échappés d'une procession d'automobiles qui s'accrochaient piteusement à l'herbe des talus ; venus de Belgique... Les autochtones englués aussi dans la nature, tout éclaboussés par la boue des étangs qu’on pêche en ce moment...
Attention aussi à la crise de l’industrie rurale, quand la conversation a quitté les salons, les bistrots, les moulins, les lavoirs... Et pourtant la lumière qui rase les chaumes, les fils électriques qui biffent le paysage, la fumée qui sort de la cheminée, le clocher qui n’en pense pas moins... un reste de chaleur embrumait le village... Par liseron • 2005-11-14 13:37:49 Permalien | Ajouter un commentaire • "...à la verticale, vous n'échapperez pas." Régis Debray finit ainsi son étonnant : "Dieu, un itinéraire". Dans mes itinéraires pacifiques du mardi, je ne me lasse pas de tous ces petits clochers bulbeux qui couvent quelques vieux pans de maison. Les villages sous le soleil d'automne sont presque déserts ; quelques femmes dans les enclos de jardin, un monsieur qui m'indique en allemand une direction, un artisan qui réaménage un intérieur de ferme.... En attendant le vent de novembre, c'est la poésie de Verhaeren qui m'accompagne : "Les vieux chaumes, à cropetons, "A cropetons", c'est sans doute "accroupis"... Le village continue de s'amarrer à l'église souvent vide et branlante, comme... "Dans les étables lamentables, Le village comtois, avec son église du XVIIIe siècle, étincelle romane dans le feuillage jaunissant, c'est ce mélange d'horizontalité et de verticalité, de terre et de ciel...
Par liseron • 2005-10-12 07:09:39 Permalien | Ajouter un commentaire • Dans le paysage mouillé, j'ai laissé la bicyclette pour une petite marche de reconnaissance, que je souhaite faire accomplir, la semaine prochaine, à une vingtaine d'élèves... Retrouver des traces d'industrie à la campagne, dans la montagne...
Par liseron • 2005-10-08 14:22:18 Permalien | Ajouter un commentaire • Des nuages très haut et, dans la brume légère, des clochers et des troupeaux immobiles, quelques labourages au loin silencieux... Une irréalité frappe ces villages d'automne que survolent quelques corbeaux criaillants... et soudain le vrombissement d'un couple de "Mirages", et la rumeur de la nationale cachée, et la ligne ferroviaire Paris-Bâle... et puis plus rien, une tranquillité de matin du monde, entre Epenoux et Villeparois tout particulièrement...
Par liseron • 2005-09-27 12:19:49 Permalien | Ajouter un commentaire • Je reprends sur deux roues la route intermittente ; non pas celle du travail, le chemin quotidien, mais l'échappée belle du mardi vacant, quand la population des villages s'affaire à la ville... Je traverse des bourgs presque déserts ; quelques retraité(e)s dans les jardins, une employée communale qui repeint un banc public, une maman qui promène l'enfant... Une tournée de vélo après l'été inactif. Par liseron • 2005-09-20 12:27:55 Permalien | 1 commentaire • Toujours Alfred COURMES, qui abandonne le mot bicyclette pour celui de vélo. Titre du tableau (une huile de 1929) : "Du vélo, elle en veut..."
Par liseron • 2005-05-08 14:34:10 Permalien | 1 commentaire • Pour faire écho au texte de Jules Romains (billet du 25 avril), ces lignes de Zola, citées dans la dernière livraison "Revue de la Confrérie des 650" (encore tout un programme à débattre sur un point de technique... essentiel : le diamètre de la roue !) Ils se levèrent, regagnèrent la route, en poussant les bicyclettes. Et ils repartirent d'un bon train, passèrent devant les loges, arrivèrent à Saint-Germain par la superbe avenue qui débouche devant le château. Cela les ravissait de rouler de nouveau côte à côte, comme des oiseaux accouplés, planant d'un vol égal. Les grelots tintaient, les chaînes avaient leur petit bruissement léger. Et, dans le vent frais de la course, ils reprenaient leur conversation, très à l'aise, très intime, comme isolés du monde, emportés très loin et très haut." (Zola, extrait -dit la Revue- de "Paris" ? "Le ventre de Paris" ?)
Alfred COURMES, Groupe à la bicyclette (1925) Par liseron • 2005-05-01 13:25:54 Permalien | 1 commentaire • Il suffit de déplier la carte et la route, les églises, le vent frais, les prairies... s’étirent dans l’accordéon des paysages. Ecrire, c’est mettre au jour le souvenir d’un coin de terre embroussaillé au creux d’un petit val... et les mots s’envolent au son de la mémoire. Mais au préalable, rappel de l’itinéraire, mettre une échelle à l’envergure du voyage. Suivre au plus près la ligne droite qui court des environs de Belfort à l’embouchure de la Loire (une tante et un oncle habitent le pays du muscadet). 61 cm sur la carte de France, 610 km. A l’arrivée, le compteur affichera 764 km, avec seulement 3 ou 4 km de route nationale ; l’essentiel du parcours emprunte les petites routes blanches de la carte, très nombreuses, avec parfois l’herbe qui pousse au milieu, le macadam qui disparaît... Du bout du doigt, je reprends ce parcours sur les cartes détaillées (l’IGN au 100000e), pour retrouver quelques images dans l’enfouissement du voyage. Départ l’après-midi ; il ne pleut pas, mais il fait froid. A présent, « Nous n’avons à nous que le temps dont jouissent ceux-là mêmes qui n’ont pas de demeure. » (Cioran) Partir lentement sur de lourdes bicyclettes, c’est un peu rejoindre une patrie archaïque, celle de l’humanité nomade d’avant les temps agricoles. Impression de ressentir cette fibre, cet instinct encore niché dans le corps sédentaire, que l’effort physique accentue certainement. La perception, la pensée qui habite le corps occidental peuvent-elles s’effectuer pareillement qu’au temps « de l’ancienne chair accablée de poids et de nécessités » ? (M. Serres) Délester l’esprit de ses poids modernes et les reporter sur le corps dont on retrouve l’ancienneté, le primitivisme. Le voyage à bicyclette n’est peut-être pas seulement progression dans l’espace, mais aussi régression dans le temps...
Par liseron • 2005-04-27 05:33:32 Permalien | 1 commentaire • Ne nous pressons pas de partir... Encore quelques petites notations au petit bonheur des chemins. Le vélo, avec quelques autres sports rares (comme la boxe) a fomenté une mythologie. La geste cycliste, avant de submerger le petit écran estival, attirait la plume de grands écrivains ou journalistes : Albert Londres, par exemple (le tour de France 1924), Buzzati, Cingria, Alfred Jarry... Mais l’épopée jaillit du vélo de souffrance, pas de la bicyclette. La littérature parle peu de la bicyclette, beaucoup du vélo. C’est pourquoi Jules Romains, dans « Les copains » (1922), est précieux : Je n'ai peur d'aucun instant futur.Le pire événement, je passerais dessus, comme sur ce caillou. Mon pneu le boirait... à peine une petite secousse... Je n'ai jamais conçu, comme ce soir, la rotondité de la terre. Me comprends-tu ? La terre toute ronde, toute fraîche, et nous deux qui tournons autour par une route unie entre des arbres... Toute la terre comme un jardin la nuit où deux sages se promènent. Les autres choses finissent quelque part ; il le faut bien. Mais un globe n'a pas de fin. L'horizon devant toi est inépuisable. Sens-tu la rotondité de la terre ? (...) Quand deux vélos se croisent et se saluent, c’est deux espaces incontestés qui s’effleurent dans leur course fuyante ; le contraire du heurt, de la collision...
Par liseron • 2005-04-25 13:28:30 Permalien | 1 commentaire • Le voyage à bicyclette prévu pour ces vacances de printemps n'est réalisé qu'à moitié... Le froid, le vent, la pluie, la fatigue nous ont arrêtés à Nantes ; retour par le train. Un calendrier strict qui oblige à de longues étapes, la rigidité du projet, mais peut-être davantage encore la forme de l'itinéraire ont eu raison de l'aventure... Le voyage en boucle est sans doute plus judicieux que le rectiligne aller-retour. Beaucoup d'éléments apparentent bien sûr le vélo au cercle, forme éloignée cependant de la trépidation du vivant. Tout ce qui vit a l'air de suivre la ligne droite, de manière saccadée et alternative. La musique occidentale a préféré l'archet du violon à la roue de la vielle... Et pourtant je fais du vélo pour me sentir vivant. Quel auteur écrivait : "Pour imiter la marche, l'homme a inventé la roue qui ne ressemble pas à un pied ?" Car notre allure très modeste nous a toujours éloignés de la course et rapprochés des promeneurs. Ne nous appelez pas randonneurs, car l'expression de randon, en ancien français, signifie avec force, impétuosité, rapidité... La randonnée est une course épuisante, celle qui force par exemple le gibier, dans une chasse à courre. Le voyageur à bicyclette est donc un promeneur, pas suffisamment véloce pour s'appeler coureur , pas trop lent non plus, car son équilibre en souffrirait. Ni piéton, ni randonneur ; sur deux petits cercles, du côté des astres et de leurs trajectoires courbes... L'aller-retour, ce pourrait bien être le voyage des commissions ; faire une course sur son vélo utilitaire. Et ce pauvre vélo qu'on oublie de rentrer finit par rouiller et couiner comme bêtes à bec. Je vais à l'école, je vais acheter le pain... sur ma bécane. Par liseron • 2005-04-20 12:15:21 Permalien | 1 commentaire • ...quelques mots qui viennent percer le blanc du silence. Le printemps qui arrive, avec une espèce de brutalité. Comme une délivrance douloureuse, entre la torpeur hivernale et la douceur nouvelle. Les nuées d'oiseaux aux mangeoires qui se disséminent, les anémones qui pointillent les talus. Fin des contractions, des infusions ; la vie diffuse... Par liseron • 2005-03-24 15:37:30 Permalien | 3 commentaires • Dire quelque chose des balades à bicyclette reprises presque chaque semaine depuis septembre. Aujourd’hui, nous avons sillonné la Vôge, pays de Lorraine compris entre la montagne vosgienne et les plaines de Saône. Pédalée dans la brume et le froid. Des fermes dispersées et la forêt... des secteurs entiers ont été reboisés après les tempêtes. Des troupeaux de charolais blanc boueux sont encore dans les pâtures, visités seulement par les hérons. L’homme est rare, le silence presque grandiose. Vers midi, nous parvenons à Vioménil et suivons les quelques indications inscrites sur des panneaux de bois : source de la Saône. Tout est si calme ici que je perçois le flux Par liseron • 2004-11-16 15:11:21 Permalien | Ajouter un commentaire • «Les arbres se défont à l’intérieur d’une sphère de brouillard» (Ponge) Sur le macadam noir s’évanouissent de pâles flocons ; grisaille mouillée de l’hiver qui commence. Il semble qu’on ne retrouve plus dans les manuels scolaires les images de la neige métamorphosant le paysage : le grand manteau blanc, les petits bonnets blancs coiffant les piquets de pâture... La géographie physique a d’ailleurs cédé la place aux hommes, à la démographie, à la géopolitique ; courbes et chiffres ont remplacé pierres et petites fleurs, et peut-être qu’un certain sens du réel et jeu de l’imaginaire nous quittent de cette façon. Est-ce que les clichés ne seraient pas la fidélité à ce qui ne change pas ? Fidélité au monde immobile, au temps immuable ; fidélité aux pierres. Douce laine du ciel, belle fleur des nuées, (Bussières / 1649) Par liseron • 2004-11-10 08:43:29 Permalien | 1 commentaire • «Il y avait les Pierres Dressées, ces neuf derniers mois elle les avaient vues si rarement. Elles se tenaient là et attendaient, couvertes de toiles d’araignées, et elle alla appuyer sa joue contre la grande pierre, le monstre dressé qui semblait scruter les eaux du lac et bien au-delà jusqu’aux horizons bleutés des monts Grampians. Appuyée contre la pierre, sa joue meurtrie posée là, elle ressentit quelque chose d’étrange et de rassurant, et le plus étrange était de penser que cet ancien cercle de pierres était devenu, au fur et à mesure que les années passaient à Kinraddie, le seul endroit où elle pouvait venir et prendre un peu de distance avec la clameur des jours.» Un magazine français de la semaine, Le Nouvel Observateur, consacre un article à la planète Blog : 10 millions d’habitants sur la «bloggosphère», qui entrecroisent aussi les feux de leur imagination avec les affres contemporaines... De la pierre solide et rassurante, menhir d’un temps immobile, serions-nous passés au bit volatil des temps accélérés ?
La danse est en eux, Ce n’est pas un spectacle devant eux, C’est la danse de leur intime (...) Mais le pire est toujours D’être le spouvenir d’un roc et l’étendue (Guillevic, poète breton / Les Rocs, dans Terraqué, 1942) Par liseron • 2004-11-09 08:14:00 Permalien | Ajouter un commentaire • Le philosophe-poète Michel Serres évoque ainsi le suffixe –escence : « ...en la luminescence ou l’incandescence, croît ou décroît, par éclats et occultations, une lumière dont l’intensité se cache et se montre en frémissant de commencer, quoique prête sans cesse à s’éteindre ; (...) » Et de parler encore de l’adolescence, de l’efflorescence, de l’arborescence, de l’effervescence... dans son livre : Hominescence(Le Pommier, 2001). Ecoulement plus régulier et durable avec les mots en –use, comme l’eau sourdant des vannes de l’écluse. Ces mouvements d’usure, ces clignotements et tremblements divers touchent aussi les mots s’alignant sur la page. La poursuite noir sur blanc a ses points de côté, son arythmie, ses arrêts... Ainsi fonctionne souvent l’écriture du journal. Il y a bien sûr les as du crayon métronomique, le taylorisme des travaux et des jours, l’artisanat souvent de jours heureux... et l’artiste qui tremperait plus volontiers sa plume dans la bile de jours noirs. Bonheur et drame sont à doses souvent différentes dans les ressorts de l’écriture : petite et grande aiguilles de la littérature, qui disent le temps des hommes. Autrefois, dans les fermes de mon pays, l’horloge comtoise n’avait qu’une seule aiguille... Et la littérature, une seule voix peut-être ? Par liseron • 2004-11-06 11:07:17 Permalien | Ajouter un commentaire • Quelques maux avec une collègue, en salle des profs... et que lisait-elle, hier soir ? Un livre intitulé «Les chats»... Test d’évaluation en 6e (d’envergure nationale) ; sur quelle thématique dominante s’appuient les exercices ? «Les chats»... et les élèves qui ne connaissent pas Poe doivent doivent imaginer une histoire si possible horrible où il est question de chats noirs... Par liseron • 2004-09-24 06:09:23 Permalien | 1 commentaire •
Par liseron • 2004-09-21 10:38:23 Permalien | Ajouter un commentaire • « Je suis allé pisser. / J’avais été fait prisonnier par la Milice fasciste le 13 décembre 1943... / Ils sont en face de moi, l’oeil rond, et je me vois soudain dans ce regard d’effroi : leur épouvante...» Vous qui vivez en toute quiétude (...) Comment se souvenir ? Ecouter Primo Levi, Antelme, Semprun... qui après l’épreuve trouvent encore la force et le devoir et la sérénité... de dire ce qui fut. Textes rares, souvent tardifs, cernés de grands silences. A côté des monuments, beaucoup de malaises, en corniche de l’oubli, dans les éboulis, les cafouillis du souvenir au bord de la falaise. Il faut encore une santé pour dire le détraqué... Mauvaise dernière nuit. Lu le journal de Marguerite Duras, La douleur... Retour de Déportation du mari, Robert Antelme. Résistance, Libération, De Gaulle dénoncé, François Mitterrand, il s’appelle Morland... Textes qui torturent. Comment se souvenir ? Par liseron • 2004-09-11 10:37:49 Permalien | Ajouter un commentaire • Le "blogue" piétine, j'abandonne pour l'instant (curieux emploi du mot instant pour dire la durée indéfinie) la restitution du journal d'un cycliste, je repousse les empiètements, les pièges (prendre par la patte les animaux, espèces d'entraves...), je voudrais repartir d'un bon pied, celui de la bohême... Par liseron • 2004-09-10 06:02:47 Permalien | Ajouter un commentaire • Articles 1 à 20 sur 154Pages: 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | |
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